Paul Rateau commente l'Éthique de Spinoza
03 février 2026
Peut-on renoncer aux notions de bien et de mal en éthique ?
Spinoza est-il un philosophe amoral ?
Éléments de réponses en vidéo, avec Paul Rateau
Lien : https://www.youtube.com/watch?v=xPjXYQ3-Eo4
Paul Rateau, maître de conférences à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et auteur du livre Spinoza, une pensée par-delà bien et mal ? (Vrin, 2025) commente un extrait de l'Éthique, partie IV de Baruch Spinoza (1632-1677). Il se demande s'il faut conserver les notions de bien et de mal pour réaliser le projet éthique défendu par Spinoza, un philosophe connu pour les avoir remises en question, bien avant Nietzsche et son livre Par-delà le bien et le mal (1886).
Spinoza, Éthique IV, préface (édition Puf, 2020, traduction P.-F. Moreau, p. 345 et 347)
« En ce qui concerne le bien et le mal, eux non plus n’indiquent rien de positif dans les choses considérées en elles-mêmes, et ne sont rien d’autre que des modes de penser ou des notions que nous formons du fait que nous comparons les choses les unes aux autres. En effet, une seule et même chose peut être, en même temps, bonne et mauvaise, et même indifférente. Par exemple la musique est bonne pour le mélancolique, mauvaise pour l’affligé, et pour le sourd elle n’est ni bonne ni mauvaise. Cependant, bien qu’il en soit ainsi, il nous faut néanmoins conserver ces termes. En effet, comme nous désirons former une idée de l’homme, conçue comme un modèle de la nature humaine que nous puissions contempler, il nous sera utile de conserver ces termes au sens que je viens de dire. C’est pourquoi, dans ce qui suit, j’entendrai par bien ce que nous savons avec certitude être un moyen de nous approcher de plus en plus de ce modèle de la nature humaine que nous nous proposons. Par mal, au contraire, ce que nous savons avec certitude nous empêcher de reproduire ce même modèle. Ensuite, nous dirons les hommes plus parfaits ou plus imparfaits dans la mesure où ils s’approchent plus ou moins de ce modèle. En effet il faut remarquer tout d’abord que, lorsque je dis que quelqu’un passe d’une moindre à une plus grande perfection, et inversement, je n’entends pas par là qu’il change d’essence ou de forme pour passer à une autre (un cheval, par exemple, est tout autant détruit s’il se change en homme que s’il se change en insecte) ; mais j’entends par là que nous concevons que sa puissance d’agir, dans la mesure où elle se comprend par sa nature, est augmentée ou diminuée. »
Déroulé de la vidéo :
- Introduction (00:47)
- Lecture de l'extrait de la préface de la partie IV de l'Éthique de Spinoza (14:31)
- Décryptage (16:36)
- Conclusion (26:06)
Plus d'informations sur le livre de Paul Rateau : https://www.vrin.fr/livre/9782711632237/spinoza

