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Les « nouvelles » pratiques philosophiques, auprès des enfants et des publics extra-lycées, se multiplient. Ce développement nous invite à questionner la manière dont la philosophie est enseignée, voire à la redéfinir. François Galichet revient sur cet enseignement et développe une méthode pour Philosopher à tout âge. Entretien.







Qu’est-ce que la philosophie, ou que devrait-elle être, selon vous (en un mot) ?


Je distinguerais trois aspects ou moments dans la démarche du philosopher.

1°) Un moment critique ou réflexif : on commence à philosopher quand on prend de la distance avec ce qu’on vit, qu’on s’interroge sur ce qui paraissait naturel, qu’on s’étonne de ce qui va de soi. C’est la « consciousness » de H.Arendt, le dédoublement de soi, ce qu’elle appelle le « deux en un » : le démon de Socrate qui l’interpelle, le « malin génie » de Descartes qui l’oblige à douter même des certitudes les plus assurées.

2°) Un moment argumentatif : sur un thème, un objet, un problème donné (par exemple : la justice, le bonheur, la liberté, etc.) on énonce une thèse ou un ensemble de thèses, d’idées, d’exigences - et on les défend en les justifiant par des raisons. C’est une démarche de focalisation, dont relèvent la plupart des ouvrages dits de « philosophie », et qui donne lieu aux différentes branches ou domaines en lesquels elle se divise : philosophie des sciences, philosophie politique, philosophie morale, métaphysique, etc.

3°) Un moment totalisant, qui vise à ressaisir l’expérience entière, à penser la totalité du réel en cohérence, à partir de quelques principes ou intuitions. C’est une démarche « herméneutique » : on cherche à déchiffrer et interpréter les phénomènes de l’existence et du monde, à dégager leur sens profond. On parlera ainsi de la « philosophie » de Descartes, Spînoza, Kant ou Hegel. Il s’agit de mettre en évidence des correspondances, des analogies entre les divers domaines de la réalité, de les articuler pour faire ce qu’on appelle un « système », ce qui ne veut pas dire une construction logique. Des philosophies comme celles de Nietzsche, Bergson, Heidegger ou Levinas sont cohérentes, mais cette cohérence ne relève pas de la logique argumentative.


Quelle(s) compétence(s) nécessite-t-elle ? Quels mécanismes intellectuels requiert-elle ?


On pourrait distinguer trois compétences ou ensemble de compétences correspondant aux trois moments ou aspects que je viens de décrire.

1°) Des compétences critiques : par exemple repérer les contradictions d’un discours ou d’une situation, analyser les insuffisances d’un raisonnement, le caractère fallacieux d’une argumentation, etc.

2°) Des compétences argumentatives : elles se résument à la trilogie que propose Michel Tozzi : problématiser, conceptualiser, argumenter. Ce sont celles qu’on trouve dans la philosophie « classique », d’Aristote à Descartes, Spinoza, Leibniz.

3°) Des compétences herméneutiques : il s’agit alors de repérer, expliciter le(s) sens latent(s) d’expériences, d’œuvres, de situations ; de dégager la polysémie du réel pour rechercher les analogies, les correspondances, mais aussi les contrastes entre les phénomènes du monde. Ainsi Hegel analysant la Terreur révolutionnaire, Nietzsche la tragédie grecque, Heidegger la poésie de Hölderlin ou un tableau de Van Gogh, Levinas le sens de la caresse, Bergson les deux sources de la morale et de la religion, etc. Grosso modo, on pourrait dire que cette démarche est celle de la philosophie contemporaine, depuis la dialectique hégélienne jusqu’à la phénoménologie et la « philosophie de l’esprit » anglo-saxonne.

Ce sont particulièrement ces compétences que mon livre cherche à développer.


Comment la philosophie est-elle habituellement enseignée ? Quelle approche devrions-nous aujourd’hui privilégier ?


Habituellement, il y a trois façons d’enseigner la philosophie :

- l’exposé magistral, le « cours » où le professeur expose le déroulement d’une réflexion sur un problème ou un thème. Il s’agit, selon le mot bien connu, de « penser devant les élèves pour les faire penser » ; on suppose que la pensée philosophique est contagieuse, qu’elle peut s’apprendre par mimétisme.

- l’approche par les textes des « grands auteurs » : on multiplie alors les « explications de textes », les commentaires qui sont supposés permettre de se forger une pensée personnelle. Ce n’est au fond qu’une variante de la précédente, qui simplement remplace le professeur par les auteurs, et l’oral par l’écrit.

- l’approche par le débat, la discussion collective « à paroles nues » : on prend un sujet ou une question et on en discute, en s’efforçant de respecter un certain nombre de règles pour rendre le débat philosophique (justifier ce qu’on dit, universaliser ses énoncés, répondre aux objections, etc.). C’est la DVDP (discussion à visée démocratique et philosophique) telle qu’elle est pratiquée avec les enfants, mais aussi les adolescents et les adultes, et dont Michel Tozzi, ici encore, a élaboré le modèle.

Je voudrais proposer une quatrième approche. Il s’agit d’une approche par les œuvres, le situations, les expériences vécues. L’idée est qu’on ne philosophe pas à partir de rien, ou d’une question abstraite. Nous vivons dans un terreau de culture, nous baignons dans un océan de significations qui nous entourent, nous imprègnent à travers les images (œuvres picturales, photos, dessins), les textes (romans, poèmes, chansons), les discours (réseaux sociaux, media, publicités, etc.) dont l’ensemble constitue « le monde », et particulièrement notre monde.

Il faut partir de cet océan de significations pour tenter de les décrypter, expliciter, interpréter – et à partir de là remonter jusqu’aux questions philosophiques qui les sous-tendent. C’est donc une approche « culturelle » du philosopher, qui bien entendu n’est pas contradictoire avec les précédentes, mais complémentaire.


Quel est le but recherché par une telle pratique de la philosophie ? Quelle différence avec les autres pratiques ?


Le but est que la philosophie ne demeure pas une spécialité parmi d’autres, une discipline comme les autres : on voit, dans les media, qu’on fait appel aux philosophes pour éclairer un fait de l’actualité comme on fait appel à d’autres spécialistes tels que des économistes, des sociologues, etc.

La philosophie ne doit pas non plus être un moment déterminé de la vie, par exemple la Terminale des lycées en France, ou l’Université pour ceux qui continuent des études de philosophie.

Il s’agit d’en faire une dimension permanente et constitutive de l’existence – celle de tous les hommes. Le slogan « Tous philosophes ! », initialement lancé par le Groupe français d’éducation nouvelle (secteur philo) et repris récemment pour un colloque organisé par Le Monde (9/11/2018), résume bien cette ambition.

La philosophie « n’éclaire » pas, comme on le dit souvent, l’exercice de la liberté (ce qui suppose un dualisme théorie / pratique, connaissance / action). Elle est cet exercice même. Marx opposait les philosophes qui ont jusqu’ici « interprété le monde » et son propre projet, qui était de le « transformer ». On voit aujourd’hui que cette distinction ne vaut pas. Interpréter le monde et le transformer sont une seule et même chose. Nous ne pouvons pas contester le monde actuel, avec ses injustices, le risque mortel qu’il fait courir aux hommes et à la planète, son obsession de la concurrence et de la croissance, sans penser un autre monde, celui que nous voulons. Sans cette pensée, toute contestation est vaine. Mais on ne peut penser le monde que nous voulons sans penser aussi le(s) sens du monde où nous vivons ; et ce monde, encore une fois, se donne à nous à travers des œuvres, des discours, des images, des analogies qu’il faut interpréter pour dépasser leur apparence immédiate et superficielle.
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