Le site de la Librairie Philosophique J. Vrin utilise des cookies afin de vous offrir le meilleur des services.
En continuant sur notre site, vous acceptez notre politique de confidentialité.

Je comprends

retour au site éditions VRIN
 

PARUTION

le choix du libraire



Après des millénaires de philosophie anthropocentrée, de nouvelles voix s’élèvent pour penser un autre de la philosophie. Nourrie par les apports des sciences de la nature, une philosophie du végétal s’éveille. Questions à Quentin Hiernaux et Benoit Timmermans, directeurs du numéro « Philosophie du végétal » des Annales de l'institut de philosophie de Bruxelles.



En quoi tenir compte du végétal en philosophie constitue une nouveauté radicale de notre mode de pensée ?

Les philosophies du XXe siècle se sont ouvertes à la question animale. Il s’agissait d’un premier pas important dans la manière de penser le non-humain. Le XXIe siècle est marqué par la question environnementale et les enjeux écologiques qui expliquent en partie l’intérêt porté aux végétaux. La nouveauté philosophique est radicale dans le sens étymologique où il s’agit d’un retour aux racines immanentes de notre monde. Un monde concret, vivant, aux environnements complexes et variés, mais de plus en plus instables. S’interroger sur les plantes (et les autres vivants non animaux) est une manière de réfléchir concrètement à la réalité de certains phénomènes biologiques et écologiques et non pas seulement de philosopher depuis des abstractions métaphysiques. Les végétaux ne sont pas totalement absents de l’histoire de la philosophie, mais ils étaient le plus souvent abordés en tant que symboles ou figures repoussoirs incarnant des représentations abstraites de la nature. La botanique, l’écologie et la philosophie des sciences contemporaines nous montrent que les végétaux sont plus que cela. Ceci pose d’ailleurs de nombreux problèmes théoriques et conceptuels à nos systèmes de pensée les plus courants.


Qu’est-ce que penser le végétal nous apporte sur le plan de nos structures traditionnelles de pensée ?

Les végétaux ont le plus souvent été exclus de la pensée philosophique occidentale. Dans notre tradition philosophique moderne, le sujet humain a pris une position de surplomb. En outre nos conceptions théoriques de la vie (que ce soit en philosophie ou en sciences naturelles) reposent presque toujours implicitement sur des modèles animaux. Le végétal permet donc un décentrement par rapport à toute une série de concepts (l’individu, l’espèce, la vie, la mort, la liberté, etc.) qui ne peuvent lui être appliqués tels quels. En retour, cela donne lieu à de nouvelles façons de penser. Peut-être que cela permet aussi simplement de renouer avec certaines formes traditionnelles de pensée. Par exemple, beaucoup de récits ancestraux insistent sur l’interdépendance et le compagnonnage entre les êtres, à quelque règne qu’ils appartiennent. Le volume des Annales nous invite aussi, en beaucoup d'endroits, avant même de « penser » le végétal, à nous intéresser aux façons de l’observer, le cueillir, le classer, le disséquer parfois, et bien sûr le cultiver. Au croisement de ces pratiques d’herborisation, de géographie botanique, de taxinomie, de physiologie végétale ou de culture, on découvre un sujet collectif qui résiste aux approches discrètes et individualisantes. Les végétaux sont non seulement constitutifs de notre milieu et de la vie, mais ils gardent aussi la trace, dans leurs génomes notamment, des cultures qui les ont transformés. Par là on peut être amené, par exemple avec Emanuele Coccia, à penser le monde comme « cultivation réciproque ».


Alors qu’une distinction nette avec le végétal est postulée d’entrée de jeu, n’observe-t-on pas, à la lumière des découvertes récentes de la science, une continuité, voire une influence réciproque ?

En effet. L’histoire de la philosophie et l’histoire des sciences du vivant se sont focalisées sur la différence ontologique censée opposer l’humain à l’animal, précisément parce que cette frontière n’allait pas de soi. Comme l’humain est aussi un animal, on a cherché à essentialiser sa spécificité au-delà des critères biologiques (avec des limitations basées sur le langage, la conscience, la subjectivité etc.). En revanche, la « vraie » fracture ontologique s’est toujours implicitement située entre le végétal et l’animal parce qu’elle semblait naturelle et aller de soi. Elle n’était donc pas, ou marginalement, interrogée. Mais à partir du moment où l’on ne pense plus dans une perspective hiérarchisante, comme celle de l’échelle des êtres qui a dominé notre tradition moderne occidentale, on se rend compte qu’il est aussi possible de réfléchir à ce qui nous unit aux plantes plutôt qu’à ce qui nous en sépare. La biologie contemporaine contribue à résorber la fracture idéologique majeure opposant les règnes. Le développement des théories cellulaire et de l’évolution (et de l’histoire commune de toutes les espèces), la découverte de l’ADN que nous partageons largement avec des plantes, mais aussi, plus récemment, l’étude des comportements des plantes, de leur sensibilité et de leurs stratégies d’action pour résoudre toutes sortes de problèmes participent à ce mouvement. En privilégiant des relations horizontales, l’écologie démontre ainsi l’importance des influences réciproques qui unissent des espèces très diverses dans des milieux divers. De très nombreux écosystèmes (comme les forêts) sont basés sur des symbioses unissant bactéries, champignons, végétaux et animaux. De la même manière, une tradition anthropologique récente (avec des auteurs comme Descola, Myers, Kohn, Lowenhaupt Tsing) étudie comment les humains viv(ai)ent en continuité avec les plantes (et plus généralement les non-humains) à travers l’agriculture ou la cueillette, par exemple.

Qu’est-ce que le phytocentrisme ?

Le phytocentrisme, au sens où l’entend Michael Marder, ne place pas les plantes au centre ni en position de supériorité ou d’exceptionnalité. C’est une approche qui implique bien d’autres formes de vie que les végétaux. Michael Marder la définit comme un « communisme transhumain végétalement infléchi ». Cette conception ne limite pas le droit de vivre et de croître à un seul groupe ou une seule catégorie d’êtres. Elle affirme au contraire que le bien-être de tous les êtres est d’un seul tenant, intimement lié à la façon dont s’organisent et se partagent leurs activités de croître. Le phytocentrisme marque aussi la reconnaissance d’une dette, pas seulement envers les végétaux, mais envers les conditions matérielles de toute vie. Il suppose une éthique et des pratiques qui ne se mettent jamais uniquement au service des intérêts d’un seul groupe d’êtres, mais tentent d’œuvrer à leur cohabitation.


L’étude du végétal peut-elle nous apporter une nouvelle image du monde, voire une nouvelle cosmologie ?

L’étude du végétal peut apporter à la philosophie et à l’éthique une image non pas seulement nouvelle du monde, mais plus réelle. Il y a des phénomènes d’une réalité insoupçonnée et d’une importance inégalée au sein du vivant. Il ne s’agit pas de philosopher sur le végétal pour en faire un nouvel avatar métaphysique de notre imagination. Le risque est alors de créer de nouvelles représentations abstraites des plantes, certes plus valorisées, mais déconnectées des enjeux situés dans notre monde. Par ailleurs, la connaissance éclairée des plantes peut servir de levier pour repenser la place de l’humain dans le monde. Mais avant de nous envoler par-delà le monde supralunaire, revalorisons le travail des plantes sur terre et ce que nous en savons.
  PARUTION
les acquisitions du mois
les nouveautés Vrin
le choix du libraire
nos vitrines

ACTUALITÉ
nos meilleures ventes
les événements – colloques
les rencontres – interviews
la revue de presse

LA VIE DU LIVRE
les livres à paraître
des livres à redécouvrir
nos livres d'occasion

SE DOCUMENTER
les programmes de concours
nos bibliographies thématiques
panorama de la philosophies
portraits de philosophes
Archives – Podcast

LIENS
sites des auteurs
sites des diffusions
sites institutionnels

PRÉSENTATION DE LA LIBRAIRIE
Présentation du blog
Nos services et contacts
Historique de la librairie
Découverte de nos rayons

Tout

LIBRAIRIE PHILOSOPHIQUE J. VRIN

PLAN DU SITE

6, place de la Sorbonne
75005 PARIS - FRANCE

Tel: +33 (0)1 43 54 03 47
Fax: +33 (0)1 43 54 48 18
SARL au capital de 360 000 €
RCS PARIS B 388 236 952


La librairie est ouverte
du mardi au vendredi de 10h à 19h
le lundi et le samedi de 10h30 à 19h
  Accueil
Blog
Nouveautés
A paraître
Collections

© 2019 - Contacts | Mentions légales | Conditions générales de vente | Paiement sécurisé