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Antoine Calvet, auteur de l’Alchimie au Moyen Âge, revient sur l'histoire de cet art à la nature controversée. Il nous éclaire sur ses rapports à la science en général, à la médecine, et à la religion.



Quelle était la perception de l’alchimie au Moyen Âge, au sein du peuple et parmi les intellectuels ? Comment cette perception a-t-elle évolué ?

Au départ, l’alchimie est une science profane, importée des Arabes au XIIe. Au XIIIe siècle, cet art est vu par les intellectuels soit comme un art mécanique subordonné à la physique, soit, plus rarement, comme une pratique proto-expérimentale aux effets merveilleux. L’alchimie reste un art qui exige un matériel, des connaissances et des servants. Son exercice nécessite un mécène ou une communauté qui en fournit les moyens. Cependant, au XIVe et au XVe siècle, son influence s’accroît. Commentée par des grands maîtres comme Albert le Grand et Roger Bacon, elle s’intellectualise et se christianise au contact de frères franciscains comme ledit Bacon et, plus tard, Jean de Roquetaillade, et à celui, aussi, d’épigones de Raymond Lulle. Diffusée dans des textes de plus en plus philosophiques et, souvent, nourris de références bibliques, elle touche un public progressivement plus étendu ; cela d’autant que les textes alchimiques, à l’origine conçus en latin, sont souvent traduits dans différentes langues vernaculaires. Elle devient même un motif littéraire, faisant son entrée dans des œuvres capitales comme l’Enfer de Dante, le Roman de la Rose ou les Contes de Canterbury.

Comment la permanence de l’alchimie à travers les siècles s’explique-t-elle ?

L’alchimie, au Moyen Âge, peut être considérée comme une science où l’expérimentation et l’observation jouent un rôle central. Elle se mêle néanmoins d’éléments moins rationnels et sujets aux croyances du temps. Au XVIe siècle, la liste des métaux s’allonge (au delà de sept) ; les textes alchimiques suivent la tendance de l’humanisme renaissant ; la mythologie, la cabale chrétienne élèvent cette littérature, jugée aride, à des hauteurs poétiques inconnues jusque-là. De plus, la pratique de l’alchimie, visant à fabriquer de l’or et, surtout, à guérir de tous les maux, constitue un rêve si puissant qu’il continue de hanter nombre de chercheurs, comme Paracelse au XVIe siècle. Il faut aussi compter avec les théories qui sont inventées et développées par les alchimistes jusqu’au XVIIIe siècle ; théories qui sont parfois les seules à explorer le mystère de la matière. Le XVIIe siècle est l’âge d’or de l’alchimie. Parmi les savants que l’alchimie fascinera, on peut citer Robert Boyle et Isaac Newton. Après Lavoisier et l’avènement de la chimie, l’alchimie devient une science du passé, mystérieuse et maudite, associée à la sorcellerie. Elle est la matière de plusieurs œuvres littéraires, depuis Goethe jusqu’à Marguerite Yourcenar. Elle garde néanmoins toute son aura, cela d’autant plus qu’elle est parfois présentée comme une alternative à la religion.

Quels rapports l’alchimie entretient-elle avec le religieux ?

Si l’alchimie, quand elle est transmise par les Arabes aux Latins, est un art profane, une technique, et si, par la suite, elle est vue comme un art mécanique au même titre que l’agriculture, les textes alchimiques sont peu à peu infiltrés par des notions religieuses, au point, au XIVe et au XVe siècle, d’avoir des textes (certains textes) de plus en plus religieux et de moins en moins techniques. Contrairement à une idée reçue, l’alchimie n’a jamais été condamnée en tant que telle. L’Église et les princes ne poursuivent que les faux monnayeurs et les alchimistes qui, faute de réussir, invoquent les démons. Avec Paracelse et le fait qu’à la Renaissance, le discours alchimique est enrichi de réflexions liées à la cabale et d’analogies mythologiques, l’alchimie acquiert une dimension métaphysique, voire mystique, qui lui était étrangère au Moyen Âge ; cela dans le monde latin, car en Terre d’islam, la littérature mystique emprunte parfois à l’alchimie son processus de transmutation, tel que décrit dans les textes d’alchimie.

En quoi peut-on conférer le statut de savoir à l’alchimie ? Quels liens entretient-elle au Moyen Âge avec la médecine, par exemple ?

Il est indéniable qu’au Moyen Âge, elle est vue comme un art, un savoir faire que possèdent les alchimistes. Le terme de science lui est cependant contesté, car elle n’entre pas dans le cadre de la science aristotélicienne, telle qu’on l’entend en ces temps-là : une science qui se déduit par syllogismes. Un défenseur de l’alchimie, comme Albert le Grand, se refuse à la reconnaître comme telle. Il est vrai aussi qu’Aristote, dans les Météorologiques, ne traite pas la question des métaux. Au XIVe siècle, l’alchimie est toutefois perçue comme une science, fondée en théorie et en pratique. Son rapport à la médecine se tisse assez tôt : le mode de transmutation peut se définir comme une lente imprégnation du métal à transformer par le composé alchimique, mais aussi comme le résultat d’une projection de l’élixir (agent transmutant), souvent vu comme une panacée. On parle alors d’alchimie médicale. Roger Bacon la considère comme incontournable pour prolonger la vie humaine, de même d’autres alchimistes comme Jean de Roquetaillade qui l’assimile à la quintessence du Ciel empyréen. Mais c’est avec Paracelse que l’alchimie médicale gagne ses lettres de noblesse.
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