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les rencontres – interviews

présentation du livre "Dictées" de Wittgenstein




le vendredi 27 novembre 2015 à 18h00

La librairie Vrin a le plaisir de vous inviter à une soirée de présentation du livre:

Ludwig Wittgenstein, Dictées à Friedrich Waismann et pour Moritz Schlick. Années 1930, "Analyse et philosophie", Paris, Vrin, 2015


En compagnie des traducteurs: Antonia Soulez, Christiane Chauviré, Gérard Guest, François Schmitz, Jan Sebestik et Vannina Micheli-Rechtman


COMPTE RENDU


Les Dictées de Wittgenstein par Friedrich Waismann et destinées à Moritz Schlick, constituent un ensemble de textes si particulier que sa réédition chez Vrin dans la collection Analyse et philosophie, méritait une présentation par ses traducteurs français. Antonia Soulez, la maître d'œuvre, était entourée ce jeudi soir, de Vannina Mecheli-Rechtman, Jan Sebestik, François Schmitz et Gérard Guest. Christiane Chauviré n'ayant pas pu venir en dernière minute, rédigea un hommage à Antonia et au travail passé ensemble dans les années 1990. Cette nouvelle édition est complétée d'un portrait de Waismann par Brian McGuiness en guise de postface qui ne figurait pas dans la première publication aux Puf en 1997. Brian McGuinness fut l'assistant de Gordon Baker, l'éditeur et coordonnateur en chef, simultanément à sa traduction française, des Dictées parues dans sa version bilingue en anglais et en allemand chez Routledge en 2003 sous le titre The Voices of Wittgenstein: The Vienna Circle. L'équipe française menée par Antonia Soulez travailla donc en étroite relation avec l'équipe anglaise, se réunissant de façon informelle à l'IHPST 13 rue du Four (Paris, 6e) à une époque encore peu réceptive en France au courant de la philosophie analytique. Ils constituaient un avatar du Cercle de Vienne de Paris au fil des séminaires des samedis de philosophie du langage.

Antonia Soulez souligne l'intérêt de la publication des Dictées, par rapport par exemple au grand texte dactylographié (le Big Typescript) par Wittgenstein, qui tient au fait que ces dictées orales transcrites par Waismann sont un témoignage de la voix de Wittgenstein, de sa pensée en mouvement, rendue d'autant plus explicite par la rédaction de Waismann. Mais quel était donc le rôle de celui-ci auprès de Wittgenstein, lui était-il fidèle dans la retranscription de sa parole ? Comprenait-il le sens accordé au Tractatus, voué à devenir un texte de référence de l'empirisme logique ; et était-il apte à entrevoir les thématiques de ce qui allait devenir le tournant grammatical de Wittgenstein ?
A en croire Peter Hacker, dont l'avis diffère de celui de Gordon Baker, les écrits de Wittgenstein sont « waismanisés ». Il y aurait selon lui un problème d'attribution. Le rôle de transcripteur de Waisman de 1930 à 1934 lui servira on le sait à composer un projet de livre : Logik, Sprach, Philosophie, dédié au programme du Tractatus. Si Wittgenstein n'a pas désavoué les « papiers Waisman », il a finit par se brouiller avec lui, craignant le plagiat et considérant que personne n'était habilité à livrer sa pensée d'autant qu'il suivait l'inspiration du moment, développant des éléments pour ses futures recherches philosophiques. Les variations de Waismann sur des thèmes wittgensteiniens suivent un modèle analogique visant la conformité de sens, tandis que la méthode d'interprétation « psychanalytique » (un rapprochement avec Freud s'impose) opère à partir de la dérive du sens vers des thèmes connexes tels que Wittgenstein en fait l'usage. Ainsi, un thème musical ne saurait être remplacé pas ses variations infinies. Wittgenstein voit dans ses dires reçus par Waismann de « précieuses incitations » qui, à trop en dire, corrompent le passage d'une pensée silencieuse à une pensée avouée.

Jan Sebestik rappelle en quoi Wittgenstein menait un combat contre les « paroles égarantes », but poursuivi avant lui par les démolisseurs de la métaphysique que furent Hume et Nietzsche, ainsi que par les logiciens du Cercle de Vienne (Carnap, Schlick, …) qui visaient à nettoyer la langue philosophique de sorte de ne raisonner qu'avec des concepts logiques ou mathématiques. Or, la question du sens de l'usage des mots, inscrit dans la contingence et les possibilités indéfinies des langues historiques, mène à concevoir une grammaire sans règles qui se passe d'axiomes premiers mais s'expose aux mésusages de la langue.

François Schmitz note à propos du « premier » Wittgenstein, le fait que la logique du langage établie dans le Tractatus est infidèle au langage ordinaire, en ce sens qu'elle ne rend pas compte de sa complexité. La grammaire est arbitraire certes, mais on peut tenter de l'améliorer (ce que vise les descriptions grammaticales des Recherches philosophiques du « second » Wittgenstein), tandis qu'on ne peut justifier définitivement la vérité de propositions élémentaires hors de leurs usages ou croisements possibles. Wittgenstein en a conclu, à l'issu du Tractatus (qui lui a servi, dit-il, d'échelle pour surmonter le problème logique du langage) à l'impossibilité de concevoir un métalangage. A rebours de ce purisme formel auquel les partisans du cercle de Vienne restèrent attacher, Wittgenstein déplacera dès lors ses recherches des objets et propositions logiques vers les règles grammaticales en usage au sein de la pluralité du langage ordinaire.

Gérard Guest considère que l'art de la remarque que pratique Wittgenstein dans sa forme aphoristique est caractéristique d'un art littéraire viennois, où l'on retrouve l'influence de Goethe et de Nietzsche. Il y aurait aussi en filigrane un fil conducteur entre le « premier » et le « second » Wittgenstein autour d'une triple thématique poursuivie : la critique des entités substantielles au nom de la vérité des usages linguistiques (réalisme de la signification) ; la critique des processus psychologiques (analyse des jeux de langage) ; la croyance, enfin, en l'indépendance de la grammaire sans fondement ontologique (il n'y a pas à sortir de la langue).

A travers ces Dictées, on cerne un aspect du style philosophique de Wittgenstein, l'intensité de la formule et l'injonction éthique en moins. Elles témoignent des efforts d'élucidation d'une pensée analytique aux limites de la frustration, l'échec semblant tenir lieu de règle du jeu chez Wittgenstein.

Je cite, pour finir ce bref compte rendu, un commentaire de Christiane Chauviré sur l'intention générale de Wittgenstein :
« La philosophie doit renoncer à construire des thèses (elle est une pure activité critique) ; à expliquer – elle ne peut que décrire ; à changer les choses ou intervenir dans le monde – « elle laisse toutes choses en l' »état » –, à découvrir des pensées inédites et exaltantes : elle ne dit que ce que tout le monde sait déjà et ne peut ne pas accorder… » (Wittgenstein, Seuil, 1989, p.84-85).
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